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Le Bien-Souffrir à Noël

Quelle aubaine Noël pour le peuple des bien-souffrants ! S’il y a bien une période de l’année favorable à l’expression de notre Art, c’est bien celle-ci.

Proclamons haut et fort que nous allons nous en donner à cœur joie pour gâcher des moments qui, à priori, sont plutôt sympathiques : repas, échanges de cadeaux, décos, rencontres familiales et amicales. Comment en faire un enfer se demandent ceux qui ne savent pas de quelle manière finir épuisés et déprimés le 3 janvier au matin… eh bien je vais vous expliquer… rien de plus facile.

 

 Je ne sais pas vous mais moi, dès que les fêtes approchent,je me mets à souffrir d’un trouble dissociatif de l’identité (TDI) ou trouble de la personnalité multiple. Me voici petite fille excitée, les yeux pleins d’étoiles devant les vitrines, admirant les décos, salivant devant celles des traiteurs, quand plus tard dans la journée, vous me croisez, ménagère de plus de 50 ans, pressée, agressive, accablée et angoissée.

 Pour en arriver là, personnellement, je vous conseille deux grands classiques : « Tout doit être parfait » et/ou « Fais plaisir à tout le monde ». Que vous soyez hôte ou convive, ils fonctionneront à merveille. D’ores et déjà, mettez-vous en quête des cadeaux parfaits, des recettes parfaites, du thème de déco parfaite et de la posture relationnelle parfaite, j’entends par là accueillante, réjouie et bienveillante. J’espère avoir suffisamment répéter l’adjectif « parfait » pour que vous sentiez monter la pression.

 Si vous êtes l’hôte, pensez à tout ce monde à régaler, à éblouir en même temps : des vegans, des amateurs de viandes rouges, des gluten-free, des vieux, des ados, des grincheux, des gens qu’on aime ou pas. Sachez que seuls les plus talentueux des responsables marketing réussissent l’exploit que vous vous êtes mis en tête d’accomplir : satisfaire un aussi large public. Enfin vous, le convive, pensez à tous ces repas à trouver délicieux et ses cadeaux à apprécier comme si c’était le plus beau que vous ayez jamais reçu de votre vie.

 Autre ficelle d’une bien-souffrance à succès : la culpabilité. Oui, parce qu’à Noël : Joie et Bonheur sont incontournables. C’est important de profiter du moment. Alors que vous vous efforcerez d’en faire un instant magique de partage, d’amitié et d’amour, rappelez-vous de ce que vous disait Mamie : « tu sais, tout le monde n’a pas ta chance. Il y a des gens seuls, pauvres, sans abri. Des orphelins, des veufs,des célibataires aussi… sans enfants ni amis ». À cette époque-là, il n’y avait même pas encore de migrants sur la mer.

 Enfin, cerise sur le sapin, n’hésitez pas et soyez, l’ami(e) , la compagne, la sœur, le frère, la mère, le père, les grands-parents idéals et accueillez en retour votre entourage, idéal, lui aussi ! Oui l’idéalisation, chez nous les bien-souffrants, est un credo qui nous permet de mieux goûter à la déception. Entrez ce faisant dans le déni de réalité en oubliant que votre conjoint déteste votre famille et vice versa, que votre sœur est en dépression, comme tous les ans à la même époque, que le petit Jean-Brandon est insupportable. Enfin, vous vous persuaderez que votre beau-frère mélenchoniste et votre macroniste de père auront la délicatesse de vous épargner une bagarre.

Allez,souriez… vous êtes filmés (en plus !)

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